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Autopsie d’une création française
Alors, pour éduquer ces gens bien intentionnés ( s’ils sont naïfs) ou mal intentionnés ( s’ils sont cyniques) , examinons de plus près cette Kréation , ou plutôt la création, retombée de son piédestal, et empruntons le parcours en amont qui va de l’impact que peut avoir la « création tout simplement » jusqu’à l’acte lui-même. 1. Médiatisation : dans notre société fourmillant d’images et d’événements culturels, une création, pour avoir un impact et être vue , nécessite une médiatisation importante, donc des rapports privilégiés avec la presse et/ou de gros budgets publicitaires. 2. Lieu d’exposition . Pour qu’une exposition ait lieu, il faut , tautologiquement, qu’elle ait un lieu d’exposition : les plus médiatisés sont le musée, le centre d’art, ou la galerie. De ces trois types de lieux, on peut déjà enlever une majorité écrasante de la création. ( Il serait d’ailleurs passionnant d’analyser le rôle d’exclusion de ces lieux sur la création française). 3. Matériel et ressources humaines . La quête souvent incessante pour trouver le matériel, les outils, les personnes, sans moyen financier, s’avère usante à la longue , et tue dans l’œuf des projets d’installation un peu ambitieux. 4. Lieu de création . Voici une étape particulièrement épineuse . A Nice , par exemple , les seuls ateliers abordables - car subventionnés - sont les ateliers Spada. Or, à Spada, il n’y a plus d’atelier disponible et la liste d’attente est longue. 5. Temps de création. Lorsque l’artiste n’est pas touché par la Grâce Institutionnelle (aides à la création diverses et variées) , et qu’il ne vend pas ( conséquence quasi-systématique ), il doit, pour manger, exercer des jobs alimentaires , qui , immanquablement, empêchent une évolution créatrice continue et cohérente. Combien d’artistes rongés par le quotidien perdent progressivement la capacité de créer, parfois même à leur insu ? 6. Acquisition d’un savoir-faire : un artiste créateur doit maîtriser son moyen d’expression. Or, l’éducation artistique en France dans les écoles d’art n’a plus à prouver son inefficacité , voire sa nocivité, à tel point qu’aujourd’hui, après deux générations environ de massacre de talent et de vitalité, s’inscrire pour un jeune aux Beaux-Arts relève déjà d’un choix esthétique et idéologique . Comment, cependant, acquérir un savoir-faire artistique autrement?
L’œuvre de
Maurice Duruflé, compositeur (1902-1986), témoigne d’
une fervente sérénité et grande sensibilité.
Or, dès les années 70, Duruflé se sent dépassé
par la radicalisation de l’actualité musicale contemporaine
– l’ère de Boulez et son « intellectualité
musicale »- et cesse de composer , son langage musical étant
considéré comme totalement périmé . Examiner les pourcentages d’ « éliminés» aux étapes successives de la création plastique française pourrait être l’objet d’une étude fort intéressante, mais quel sociologue a l’estomac suffisamment accroché pour s’atteler à cette autopsie démoralisante ? Ne s’improvise pas sociologue coroner qui veut…. Quant à mes chers
défenseurs de la « Kréation tout simplement »
comme arme ultime des artistes de la face cachée de l’art
- dont je suis, j’espère que désormais, ils tourneront
leur langue sept fois dans la bouche avant de Kracher du K ! La trame par Eve Carton
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