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Dans la lignée
de plus de deux décennies d’art officiel français,
excluant les artistes de toute instance décisionnaire, le gouvernement
a fait ses réformes dans le copieux mépris des artistes
et associations d’artistes indépendantes .
Les institutionnels culturels, en revanche, ont eu droit à plus
de respect et d’écoute gouvernemental. Cette dichotomie de
traitement est, hélas, significative des rapports de force politiques
entre les artistes, pourtant les vrais moteurs de toute « l’industrie
culturelle » française et les institutionnels, qui tiennent
véritablement les rênes du pouvoir.
Examinons avec
curiosité et plus en détail le fondement de ce pouvoir politique.
Et prenons
comme support d’étude un article révélateur
paru dans Le Monde daté du 09 août 2007 qui s’intitule
« Les centres d’art doivent ensemble devenir une force
politique. » Entretien de Monsieur Eric Mangion , vice-président
de l’association « Développement des centres d’art
» et directeur du centre d’art de la Villa Arson à
Nice.
Le pouvoir
des institutionnels est en premier lieu un pouvoir médiatique :
soutien inconditionnel à l’art officiel, mépris quasi-systématique
de l’art de la face cachée ( d’abord médiatiquement
caché) de la part des principaux journaux , magazines et chaînes
de télévision. Et si, en 96-97, lors d’une première
remise en question du système institutionnel de l’art, les
principaux journaux avaient participé au débat - qui avait
abouti en bataille réductrice gauche/droite- on est frappé
par l’extrême conformisme et couardise des médias non
spécialisés dans le débat sur l’art contemporain
depuis 2007.
La pétition « L’art c’est la vie » est
parue dans l’Humanité du 5 mai 2007 ; Le Patriote, avec une
position à cet égard très originale dans le paysage
médiatique français, soutient les artistes non-officiels
régionaux et leur laisse un espace privilégié d’expression.
Quant au reste des médias français… silence radio.
Or, un contre-pouvoir médiatique est né : internet. La résistance
et la lutte souterraines contre le système institutionnel artistique
s’appuient largement sur cet outil puissant . Les artistes peuvent
débattre, s’unir, montrer leurs œuvres, préparer
des actions collectives , diffuser des textes censurés par les
médias.
Reste que la couverture médiatique donne encore et toujours cette
image faussée de l’art officiel comme art unique existant
en France, image que les institutionnels renforcent délibérément
à chaque apparition médiatique.
Retour à l’article « Les centres d’art doivent
ensemble devenir une force politique ».
Monsieur Mangion, en bon politicien, ( prenons-le comme cas d’école
mais représentatif du Système), sait que la division est
l’ennemie de la force politique. D’où renforcement
de l’association « Développement des centres d’art
» ; d’où, sur la région de la Côte d’Azur,
création d’un réseau constitué d’associations,
galeries, et centres d’art triés sur le volet, intitulé
Botox(s). Tout parti politique rêverait d’une telle unité
de façade ; c’est tout simplement parce que, dans le milieu
de l’art contemporain, règnent l’intimidation intellectuelle
et la peur. Et, dans le contexte actuel , avec tous ces va-nu pieds de
l’art qui réclament leur part de gâteau, l’unité,
forcément, est exacerbée. On l’a reconnue, cette stratégie
! C’est celle de Bush après les attentats du 11 septembre
: tous unis contre les méchants ! Et surtout fermez-la !
Oui, sauf que l’art s’épanouit décidément
bien mal au sein de ce noyautage qui n’avoue pas son nom. A Nice,
le noyautage , historiquement, a toujours été caricatural,
jusqu’à la destruction pure et simple aux bulldozers du centre
artistique autonome des Diables Bleus en 2004.
Monsieur Mangion, en bon politicien, maîtrise la langue de bois
à la perfection. Pour témoin le dernier paragraphe de son
entretien : « il faut défendre la diversité : l’art
ne doit pas se réduire à quelques noms, mais demeurer une
activité extrêmement diversifiée ». Certes,
sachant que les centres d’art, en fidèles représentants
de l’art officiel , n’exposent que 2% - 10%( ?), bref une
infime minorité d’artistes… Et , encore mieux , «
moi qui dirige une grosse structure, je n’ai pas envie de récupérer
l’argent au profit des plus petites. » Peut-on suggérer
qu’il aille un peu plus loin dans son raisonnement et qu’il
« partage » effectivement l’argent avec les associations
d’artistes indépendantes, nombreuses sur la région
, comme no-made, Sept Off, Le Hublot etc. qui font de grandes choses avec
… rien ?
Monsieur Mangion,
en bon politicien , manie avec dextérité le bâton
et la carotte. Le bâton, c’est la menace d’exclusion
de ce système bien noyauté . La carotte, l’illusion
d’y être un jour intégré . Mais là aussi,
si le système s’effrite inéluctablement, c’est
parce que cette stratégie ne marche plus: depuis vingt ans que
90% des artistes sont exclus, ils ont fini par accepter leur exclusion
et la transformer en force. Depuis vingt ans que le système sous-entend
des promesses de reconnaissance…à terme, les artistes ont
bien fini par reconnaître ce type de promesse : la promesse électorale
la plus mensongère, celle qui ne se réalisera jamais.
Monsieur Mangion
s’est concocté un poste en or . Aucun compte à rendre
aux politiques, les vrais , qui, pour la plupart , ne comprennent rien
à l’art contemporain ( hermétisme et élitisme
sciemment entretenus par les institutionnels) et, donc, lui foutent la
paix, du moment qu’il ne demande pas plus d’argent ; ce qu’en
politicien habile , il ne fait pas : « si l’Etat doit se désengager
sur certains points, pourquoi pas ? mais à condition que les collectivités
territoriales prennent le relais.»
Il ne doit pas non plus rendre de compte aux artistes, officiels ou non-officiels,
également sans pouvoir face aux institutions. Ni aux citoyens,
qui n’ont pas leur mot à dire sur la politique culturelle
de la région.
Alors, le voici, le hiatus : Monsieur Mangion est un bon politicien sans
électeur. Comment ça s’appelle, déjà,
une politique sans électeur ?
Sophie Taam
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