Le moimort

Sans Confins

Sans Confins, la revue quotidienne du printemps de la quarantaine

Le 30 mars 2020, j’ai pris connaissance de cette revue fondée par Laurent Perez, et diffusée exclusivement par mail, grâce à un collègue traducteur, Bojan Savić Ostojić.

Sans Confins, la revue quotidienne du printemps de la quarantaine.

Je me suis embarquée dans l’aventure, ravie de me remettre à écrire et de trouver une échappatoire à la réalité. S’est suivie une série de cinq textes publiés dans Sans Confins, plus un sixième, qui est arrivé trop tard pour l’ultime Sans Confins, le numéro 39-40, bien sûr !

Le moimort

J’ai vu il y a quelque temps à Paris une série de photographies intitulée The Brown Sisters, par Nicholas Nixon. Chaque été, de 1975 à 2014, l’artiste a pris un cliché de quatre sœurs. Ces quarante photos se déroulaient sur un long pan de mur. Les visiteurs de l’exposition suivaient la série pas à pas, fascinés, s’efforçant de déchiffrer les changements imperceptibles d’une année sur l’autre. Après quelques minutes, nous arrivions ainsi jusqu’aux dernières photos, représentant quatre vieilles femmes. Nous étions médusés et incrédules. Nous revenions aux premières photos, des quatre adolescentes. C’était bien elles. En même temps reconnaissables, de moins en moins au fil des ans et des clichés, et méconnaissables. Nous faisions l’expérience visuelle de la mort du moi, que Proust a tenté de capturer à travers des milliers de pages dans La recherche du temps perdu. Il ne dit rien d’autre au lecteur : chaque jour, le moi meurt et ne ressuscite pas, sauf à la faveur de réminiscences fugaces convoquées accidentellement par la mémoire sensorielle — et potentiellement, ajoute Proust, l’écriture —, qui produisent ce miracle en l’être humain : deux moi séparés dans le temps coexistent simultanément.

Suite à un deuil familial, je suis retombée récemment sur quelques-unes des lettres que j’avais envoyées trente ans plus tôt, j’étais alors dans la vingtaine. En les lisant, je découvris, intriguée, une jeune femme — ses réactions, ses pensées, ses expressions — qui me parut complètement étrangère. Vieille de trente ans.

Je ne me reconnais pas dans cette femme attablée au restaurant avec une amie, en ce samedi quatorze mars deux mille vingt, qui peste contre la société française et sa pseudo-démocratie, cette baroudeuse assoiffée de chemins de traverse, lestée de certitudes dont elle ne soupçonne pas même l’existence. Ce moi, lui aussi, est mort. Vieux d’une semaine.

Vous trouverez la version du texte dans la revue en pdf ici.

Vous pouvez télécharger les autres numéros de la revue (ceux comportant l’un de mes textes affichent la couverture des numéros : les 16,19,23,30 et 36).

  1. Table des matières Sans Confins
  2. Sans Confins N°1
  3. Sans Confins N°2
  4. Sans Confins N°3
  5. Sans Confins N°4
  6. Sans Confins N°5
  7. Sans Confins N°6
  8. Sans Confins N°7
  9. Sans Confins N°8
  10. Sans Confins N°9
  11. Sans Confins N°10
  12. Sans Confins N°11
  13. Sans Confins N°12
  14. Sans Confins N°13
  15. Sans Confins N°14
  16. Sans Confins N°15
  17. Sans Confins N°16
  18. Sans Confins N°17
  19. Sans Confins N°18
  20. Sans Confins N°19
  21. Sans Confins N°20
  22. Sans Confins N°21
  23. Sans Confins N°22
  24. Sans Confins N°23
  25. Sans Confins N°24
  26. Sans Confins N°25
  27. Sans Confins N°26
  28. Sans Confins N°27
  29. Sans Confins N°28
  30. Sans Confins N°29
  31. Sans Confins N°30
  32. Sans Confins N°31
  33. Sans Confins N°32
  34. Sans Confins N°33
  35. Sans Confins N°34
  36. Sans Confins N°35
  37. Sans Confins N°36
  38. Sans Confins N°37
  39. Sans Confins N°38
  40. 40 Sans Confins N°39-40
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