Critique par Britt Arenander

Critique par Britt Arenander

Critique par Britt Arenander de Anaïs Nin – genèse et jeunesse

 Critique par Britt Arenander en français (traduit de l’anglais par Sophie Taam)
Critique par Britt Arenander

Anaïs Nin

Trois biographies d’Anaïs Nin ont été publiées en France. Récemment, une nouvelle est sortie, celle de Sophie Taam, Anaïs Nin – genèse et jeunesse (Editions Chèvrefeuille Etoilée), qui se concentre sur les périodes les plus intéressantes de la vie de Nin : son enfance, sa jeunesse et sa vie à Paris de 1924 à 1939. Un don précieux pour ceux qui ont aimé lire les fameux journaux d’Anaïs Nin et veulent en savoir plus sur les circonstances qui l’ont faite émerger comme une auteure contemporaine des plus novatrices.

D’abord, Taam nous ramène vers les milieux très différents des parents d’Anaïs Nin – Joaquin Nin, le père espagnol perfide, et Rosa Culmell Nin, la mère cubo-danoise, qui dut surmonter bien des épreuves. Mais, parmi les cinq membres de cette famille, la plus affectée fut Anaïs, dont l’expérience traumatique avec son père incestueux et cruel a fait de sa vie un combat incessant pour désamorcer des accès de dépression grave et trouver une identité morcelée par d’innombrables déménagements et changements de langues, de l’espagnol au français, du français à l’anglais. Cependant, une chose était certaine : depuis très jeune, elle fut douée pour l’écriture, quelle que soit la langue qu’elle dut adopter.

Une nouvelle lumière est également projetée sur les parents de Hugh Guiler, l’homme qu’elle a finalement épousé en dépit de la volonté de sa mère et des parents Guiler : sa mère voulait absolument un bon parti avec un riche Cubain et les parents écossais de Guiler ont rompu avec leur fils quand il se maria avec une catholique. Mais tout ceci est secondaire au regard de ce qui attendait le couple fraîchement marié : à cause de sa libido précocement endommagée, Anaïs avait développé une aversion austère pour le sexe et le fait que tous deux soient vierges ne facilita pas les choses. De nouveaux problèmes attendaient Anaïs quand ils déménagèrent à Paris en fin 1924, Hugh ayant été transféré à la filiale française de la New York National City Bank : elle trouvait la capitale française sale et bruyante, détestait son atmosphère érotique et n’était pas le moins du monde attirée par sa culture florissante d’après-guerre.

Tout bascula quand Anaïs rencontra Henry Miller en 1931. Quelques mois plus tôt, elle avait confié à son journal qu’elle se sentait morte, qu’elle ne supportait plus la vie. Mais son désespoir céda la place à une soif de vie intense quand Miller fit son apparition. Dans le vagabond sans le sou qu’était Miller à cette époque, elle reconnut un homme « ivre de vie… comme moi. » Miller chasse son puritanisme d’alors, l’encourage dans ses efforts littéraires, ouvre les portes de la liberté. Les années jusqu’en 1939 fourmillent d’expériences excitantes, de rencontres intéressantes, de nouveaux amants – une fois que sa vie s’est libérée, il n’y a plus de limite à son audace.

La vie d’Anaïs Nin retracée par Taam jusqu’à la deuxième guerre mondiale, quand Anaïs dut fuir la France et retourner aux US (avec Hugh, Henry et un bon nombre de ses amis) est suivie par un compte rendu succinct de la vie d’Anaïs aux US, où elle fit sa percée littéraire au milieu des années 60 et jouit pendant une décennie de son nouveau statut d’artiste reconnue et de porte-parole de l’émancipation des femmes, avant, hélas, de mourir du cancer en 1977 – une bigame, puisque qu’elle ne divorça jamais de Hugh Guiler, qui resta à New York, et épousa clandestinement un homme plus jeune, Rupert Pole, résidant en Californie. Aucun des deux maris n’avait connaissance de l’autre.

 Grâce à l’empathie de Taam combinée à sa précision infaillible, cette biographie est un vrai bonheur à lire. 

 

Britt Arenander

Membre de l’Union des Ecrivains Suédois depuis 1969

Britt Arenander est une écrivain suédoise et traductrice littéraire, elle a traduit entre autres le Journal d’Anaïs Nin (6 volumes) en suédois et écrit un livre sur sa période à Paris : Anaïs Nin’s Lost World: Paris in Words and Pictures 1924-1939

 

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